
Albert Faille a parcouru la rivière Nahanni à la recherche d'or
pendant une bonne partie de sa vie. En quelque sorte, il est semblable à Allie
de Mosquito Coast et à Agaguk. Les trois sont des solitaires à la base; ils ne
veulent reculer devant rien pour avoir ce qu'ils désirent.
Ce court métrage de l'ONF nous
montre sa quête.
Il ne réussira pas
à trouver son or. Le temps lui manquera. Il en mourra. Sa vie était simple. Lui aussi vivait avec le minimum.
Il ne voulait rien
savoir des modernités de la civilisation. Il faisait tout à la main et à pied
même si cela lui prenait un temps énorme. Il aurait pu remonter la rivière plus
rapidement... Non, il gardait ses vieilles manières. Son rêve se trouvait à
l'extérieur de la société moderne.
Allie aussi
cherchait quelque chose. Il en mourra aussi. Mais il y a probablement plus de
dépit chez lui que chez Faille.
Agaguk fuit le
village. Il va bâtir sa vie plus loin, seul avec Iriook. Il ne veut pas d'aide;
il ne veut pas partager sa conjointe; il refuse de devenir le chef; il ne meurt
pas, mais il a été défiguré.
Ce film me fait
réfléchir à mon année dans une communauté des Rocheuses. Quelques familles au
milieu des falaises et coiffées par les neiges éternelles.Aucun commerce, pas
d'épicerie; on commande de la coop pour deux mois. Sans courrier; l'électricité
est produite par la génératrice à palle plantée sur un rapide descendant de la
montagne; l'eau courante provient d'un petit réservoir en bois mille pieds plus
haut alimenté par une source. On fait du troc; je trais les chèvres deux fois
par jour pour le lait et le fromage; chaque matin, je cueille les oeufs de nos
trois poules. Miriam a trois ans; Ève n'a que quelques mois. Les soirs d'hiver, autour du poêle à bois qui constitue notre seule source de chaleur, ma conjointe et moi écoutons le tonnerre des avalanches sauvages qui dévalent Blue Ridge. Le matin, je sors
et entre dans deux pieds de poudreuse qui vole comme de la plume...
La vie loin de la
civilisation, loin de la ville, ça apparaît comme un calvaire. En fait, cette
vie-là, c'est plutôt la vraie vie. Je n'aime pas les motivations d'Allie; c'est
un conquistador. J'aime mieux Faille; mais lui aussi est séduit par le démon du
pouvoir, par l'or. Agaguk est habité par la violence et la frustration; il ne
peut servir de modèle. L'homme droit dans tout cela, c'est Charlie. Je l'aime
bien Charlie. Il est paisible. Il est plein de respect et d'espoir et de
fidélité. Je le vois bien suivre un rêve hors des mirages confortables de notre
société.
La vie en terre
vierge rime avec douceur, paix et vérité. Je retournerais bien dans mes
Rocheuses, à Argenta...
